Frank Pierobon
Quelques remarques sur la conception kantienne du jugement singulier
A première vue, la différence que
Kant fait dans sa Critique de la raison pure entre jugements particulier et singulier
semble être dénuée d’une véritable importance philosophique. D’ailleurs, dans
cette même veine, l’on s’est demandé très tôt s’il fallait vraiment que les
catégories soient regroupées par trois plutôt que par deux, puisque la troisième
semble résulter de la connexion des deux autres, et c’est l’observation que le
fidèle Johann Schultz s’enhardira à faire respectueusement au philosophe dans
une lettre de 1784 dont nous aurons à reparler. Entre-temps, l’on s’est habitué:
le caractère tout d’abord déconcertant de l’architectonique kantienne est ce qui
disparaît à l’usage, sinon à l’usure; et s’il ne perd rien de son caractère
insolite aux yeux des générations d’étudiants qui se penchent avec perplexité
sur ces pages sacrées, cet «art des systèmes» paraît un décor baroque que l’on
finit par oublier par la force de l’habitude pour se concentrer sur ce qui
ferait office d’intrigue et peut se raconter à qui n’aurait pas lu
l’oeuvre.
Kant-Studien, Walter de Gruyter
Print ISSN: 0022-8877
Volume: 96, 09/2005
Pages: 312 - 335
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